Off

L’affaire Farrewell, petit film pour un grand flop !

by Toilissime on février 21, 2013

La lutte d’individus contre un pouvoir qui les opprime est la préoccupation majeure de Christian Carion. Mais Joyeux Noël, plaidoyer antimilitariste aussi naïf que primaire, aussi manichéen que sermonneur, aussi caricatural que démonstratif, certifiait qu’il sombrait dans le ridicule en jouant sur un terrain qui a fait les beaux jours des Costa-Gavras, Alan J. Pakula, Oliver Stone et consorts: celui des grandes histoires, voire des sujets délicats, capables éventuellement de provoquer des empoignades avec les hautes sphères. Pourtant, malgré sa faiblesse évidente, ses émulations sont persistantes, allant jusqu’à le persuader qu’il peut lui aussi se frotter à des genres « gros calibre » et pourquoi pas massacrer à coups de hache un establishment des plus perfides.

L'affaire Farrewell

Résultat de cette présomption, l’« une des plus grandes affaires d’espionnage du XXème siècle », dixit Ronald Reagan, donne naissance à l’un des films d’espionnage les plus ternes qui soient. Un fait regrettable d’autant que la citation de l’ancien Président américain nous avait mis l’eau à la bouche. Fièrement exploitée par la campagne promotionnelle, elle nous laissait escompter un thriller mené tambour battant, décrivant avec minutie tous les rouages d’une affaire qui dépasse l’imagination et qui a contribué à la destruction d’une carte géopolitique en place depuis quarante ans. Mais tout ceci tombe en quenouille. Le suspense se cherche à la loupe dans ce film apathique où émotions fortes et palpitations sont des denrées rares.

Le rôle déterminant que tint Farewell dans la fin de la bipolarisation demeure inexploré et les mécanismes de l’espionnage se résument à des échanges de documents dans des lieux publics. Quant à Gregoriev et Pierre Froment (interprété par un Guillaume Canet bien peu charismatique), ils auraient gagné à être employés comme de purs moteurs animant une intrigue prioritaire. Hélas, ils font l’objet d’une surattention de la part de Christian Carion, ce dernier s’égarant dans un épaississement psychologique lamentable, basé sur de minables démêlés familiaux. Et si ce cinéaste montre des progrès depuis Joyeux Noël, si sa réalisation compte quelques bonnes idées à son actif, cela reste insuffisant pour sauver L’affaire Farewell de la pauvreté absolue. Seule la représentation de François Mitterrand et d’autres personnalités politiques contemporaines mérite notre considération. Certes, leurs apparitions ne bénéficient pas d’une mise en scène de derrière les fagots et leur crédibilité n’est pas totale. Toutefois, leur existence à l’écran relève de l’exploit venant d’une production française, autrement dit issue d’un pays dont le cinéma ignore trop souvent qu’il existe des chefs d’Etat sur cette planète.

Pour le reste, le responsable de ce quasi-fiasco fait véritablement figure d’un  poids plume évoluant chez les poids lourds. Alors, soit il concourt dans sa catégorie où il pourrait aisément acquérir ses lettres de noblesse, soit il durcit son style et son tempérament s’il ne veut plus être la risée de tous.

Comments are closed.